Éditorial : le piètre état du journalisme

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Le journalisme n’a jamais vécu une aussi grande crise. Si pour vous la notion d’une telle profession ne rime pas avec l’industrie des jeux vidéo, je peux difficillement vous blâmer.

Il y a quelques jours, de nombreux sites ont rapporté une fausse nouvelle sans vérifier d’où les informations filtraient. Je parle ici de la supposée censure pour Kingdom Hearts III en Chine, où Winnie l’ourson, souvent comparé au président Xi Jinping, aurait été retiré grossièrement. Et par là j’entends découpé avec Photoshop et un filtre trouble.

Certes, la censure en Chine est un réel objet de débat, mais les diffuseurs de nouvelles auto-proclamés journalistes ou non se doivent d’agir avec plus de rigueur.

journalisme winnie

Un seul coup d’oeil à la source aurait été suffisant pour discréditer la chose, si jamais il y avait doute avec les images créées à la hâte par un utilisateur avec trop de temps libre.

Ce cas n’est pas rare, bien au contraire. Le journalisme perd en importance dans la folle course aux clics, où les titres accrocheurs règnent en maîtres. Pour le peuple, ce qui était autrefois un bastion de vérité, un reflet neutre du monde est devenu une machine à propagande et à la désinformation de masse.

Ce journalisme jaune présente ainsi des nouvelles peu fiables, encore moins recherchées et à vocation purement mercantile ou fruit d’une ignorance incontrôlée. Ce constat ne s’applique pas qu’à l’industrie des jeux vidéo, mais partout dans le monde. Et les braves qui osent nous dresser un portrait juste de la réalité finissent souvent en prison ou pire encore.

Les journalistes sont pour la plupart à la merci des éditeurs, ils sont une partie du long bras de leur département des communications. Parlez en mal d’un jeu, et vous courez ainsi le risque d’être blacklisté ou ignoré pour les événements presse futurs. Le même raisonnement s’applique dans la « vraie » vie, par exemple avec le cas récent de Jim Acosta dont le droit de presse avait été révoqué par la Maison-Blanche. Le journalisme s’appuie sur plusieurs principes, dont le respect de la vérité et les intérêts du peuple.

Je veux ici exacerber une incroyable contradiction : d’une part la noble vocation de partager des faits pour informer et, d’autre part, un certain lobbying pour étouffer ce faisceau de lumière au sein d’une obscurité de plus en plus omniprésente.

Est-ce que le journalisme est mort pour autant? Bien sûr que non. Juste pour les jeux vidéo, plusieurs personnes font un boulot remarquable à une heure où leur art est de moins en moins apprécié à sa juste valeur. Jason Schreier de Kotaku en est un bon exemple. Ses articles sont toujours recherchés et corroborés par des sources de l’industrie, ce qui témoigne d’un professionalisme incroyable. La conséquence directe est une réputation infaillible, ce dont peu de journalistes, chroniqueurs ou créateurs de contenu peuvent se vanter.

J’ai aussi beaucoup de respect pour Jeff Gerstmann et son franc-parler. Ses contenus sont toujours au point et actuels, sans pour autant tomber dans la déchéance des clickbaits ou autres. Malheureusement, je suis moins au fait des journalistes français, mais j’ai beaucoup de respect pour les sites Gamekult et Jeuxvideo.com, deux institutions en la matière. Ces ressources, en ligne depuis plus d’une décennie, arrivent toujours à créer des articles vrais, pertinents et surtout, d’actualité.

Croire que tous les webmestres, Youtubeurs et streameurs de ce monde puissent adhérer au « code » du journalisme relève de l’utopie. Par contre, j’aimerais qu’en tant que société, nous valorisions davantage l’effort d’un partage juste des informations. De prendre du recul. En fait, de prendre du temps, point. Parce qu’au rythme où nous vivons aujourd’hui, s’essoufler ne tarde point. Et qui s’essouffle devient absorbé par un tissu de mensonges.

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