Éditorial : quand l’avarice prend le dessus

edito avarice

L’année 2018 a été fantastique pour les fans de jeux vidéo. Une tonne de nouveaux titres ont débarqué sur PC et consoles au grand plaisir de tous. Red Dead Redemption 2God of WarSpider-ManSuper Smash Bros. Ultimate, la liste est longue et c’est tant mieux.

Derrière cette facade se cache pourtant une réalité qui gagne du terrain dans l’industrie : l’avarice de plusieurs éditeurs est telle une gangraine qui s’attaque petit à petit à notre divertissement. Si 2018 a été faste en termes de jeux mémorables, l’année a aussi été marquée par plusieurs scandales qui l’ont ternie tout autant.

À l’origine des contenus téléchargeables (DLCs) avec l’armure équestre pour The Elder Scrolls IV: Oblivion, Bethesda nous a rappelé de bien mauvais souvenirs. Le studio ne cesse d’occuper les manchettes avec Fallout 76. Cet exemple est très probant en matière d’avidité. Les créateurs ont utilisé cette franchise adorée depuis plus de deux décennies et en ont fait un monstre de type pseudo-MMORPG nécessitant une connexion Internet en tout temps. Brisé à sa sortie, Fallout 76 continue de prouver qu’il s’agit d’une fraude pure et simple avec des tactiques marketing trompeuses (sac en toile ou #canvasgate), l’inclusion prochaine de loot boxes à l’économie du jeu et un nombre incalculable de défaillances toujours présentes plus d’un mois après sa sortie.

horse armor dlc oblivion
Les débuts d’un grand mal

Bethesda a voulu sous-tirer un maximum d’argent de ses fans dans un élan de cupidité. D’autres studios ont aussi amorcé leur descente en enfer cette année, parmi eux impossible d’oublier le fiasco Blizzard. L’une des entreprises les plus appréciées de l’industrie a profité de son événement BlizzCon 2018 pour annoncer Diablo Immortal…destiné aux téléphones intelligents. Cette déconnexion par rapport à ce que les joueurs désiraient voir (le BlizzCon est majoritairement un événement orienté PC gamers) crée encore des remous aujourd’hui. D’autant plus que Blizzard a annoncé l’arrêt d’un autre jeu apprécié, Heroes of the Storm, pour plaire à son propriétaire Activision, qui lui a demandé de réduire ses coûts d’opération.

Le changement de cap est si draconien que l’entreprise offre de l’argent à ses employés de longue date pour qu’ils fichent le camp. Cet incitatif ne touche que les employés au service clientèle, mais on voit tout de même une obsession à réduire les coûts, peu importe les conséquences à moyen ou à long terme.

diablo immortal
Le jeu le plus controversé de 2018

L’avarice est un important fléau auquel nous serons toujours confrontés.  L’année 2018 a certainement exacerbé des pratiques malsaines qui deviennent monnaie courante dans l’industrie bien coupable de ce péché capital. Les coûts de développement explosent et le prix des jeux est demeuré stagnant depuis belle lurette. Cela n’excuse en rien de lancer un produit à plein prix (souvent 79,99 $ plus taxes ici) dont plusieurs fonctionnalités sont manquantes. Ces jeux morcelés nuisent à l’expérience consommateur et ternissent l’image des studios qui les créent.

Exemple récent : le jeu de pirates Atlas sorti sur PC (Steam) en accès anticipé. Les joueurs, du moins ceux qui étaient en mesure de se connecter, ont vite découvert qu’il ne s’agit que d’un skin grossier du jeu Ark: Survival Evolved. La bande-annonce laissait présager une expérience de jeu incroyable dans un monde détaillé, interactif à souhait et vivant. Une image plus ou moins fidèle, mais de son coté Grapeshot Games encaisse les 30 $ requis sans broncher. Oui le studio a depuis apporté des correctifs, mais l’effort initial était médiocre à souhait.

Ces cas ne sont plus l’exception : les jeux nous sont livrés par bouchées. Et ça ne goûte pas toujours bon. Iriez-vous voir un film au cinéma pour ne connaitre sa conclusion que des mois plus tard? Évidemment que non. Alors pourquoi est-ce acceptable dans un médium aussi interactif que celui des jeux vidéo?

atlas
Le fun, c’est tu par icitte?

De nos jours, même les expériences solo sont polluées par une motivation mercantile scandaleuse. En plus de nécessiter un accès Internet, ce qui est très fâchant en soi, plusieurs productions vont pousser l’affront jusqu’à offrir des microtransactions. Electronic Arts et Ubisoft en sont des champions, eux qui semblent déterminés à tout faire pour que le prix d’un jeu gonfle au-delà de ce qui est affiché en magasin. Ils sont loin d’être les seuls : toute une génération de joueurs a grandi avec les DLCs et autres achats in-game, ce qui a normalisé une philosophie de création d’abord et avant tout capitaliste.

Quand on se demande si les jeux vidéo sont de l’art, je réponds toujours « oui ». Par contre, au cours des dernières années, je suis d’avis que l’aspect artistique s’est estompé au profit de méga productions axées sur le profit. Un peu l’équivalent des films hollywoodiens, pour reprendre ma comparaison au cinéma. Le bon côté des choses, c’est la montée en puissance des studios indépendants. De plus en plus, je retrouve le brio d’autrefois dans ces productions pourtant infiniment moins coûteuses à réaliser. J’y vois une énorme division par rapport aux jeux avares qui placent les profits avant le plaisir de jouer.

Est-ce que l’avarice des éditeurs va mener l’industrie vers son second crash après celui de 1983? Au rythme actuel, je suis porté à croire que plusieurs studios cesseront d’exister, ce qui va entraîner des fusions et des licenciements à une échelle encore jamais vue. Si la haute définition a causé bien du mal par exemple aux développeurs japonais, imaginez ce que l’ultra HD et la course incessante vers le photoréalisme va provoquer avec la future génération de consoles. Les éditeurs devraient réévaluer leurs pratiques au lieu de lâcher des jeux qui ont coûté des millions pour les laisser mourir moins d’un an plus tard.

À propos de Michaël Bertiaux

Rédacteur en chef de GAMERQC.COM

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